Men in charge? Repenser l'autorité dans la tradition juridique musulmane

Avec sa manière chaleureuse, son langage académique et ses dreadlocks gris, partiellement couverts par un foulard, Amina Wadud fait une rebelle improbable. Mais la professeure afro-américaine de 62 ans, fille d'un ministre méthodiste, est l'une des principales féministes de l'islam. Il y a dix ans, elle a été victime d'une menace à la bombe à New York, alors qu'elle dirigeait les prières du vendredi à une assemblée mixte d'hommes et de femmes, ce que de nombreux intellectuels estiment interdit en Islam. Trois ans plus tard, elle a défié les protestations des groupes locaux pour faire de même à Londres. Non content de prendre les mosquées, elle a maintenant l'intention de révolutionner la charia et les lois qui en découlent.

La charia, souligne-t-elle, est une vision du monde, «l'ordre divin de l'univers». Ce qu'elle interroge est le fiqh, la tradition juridique musulmane, des règles artificielles basées sur des interprétations presque exclusivement masculines de textes sacrés. «Quand nous parlons de lois, nous parlons de qui interprète les lois, et quelles méthodes judiciaires ils utilisent», dit-elle. «Le prophète a fait des réformes radicales, mais [les musulmans] n'ont pas suivi le rythme. L'islam a fait cela bien avant tout le monde, donc le monde musulman est sensé être en avance sur ce plan en ce qui concerne l'égalité des genre sur les autres. Mais malheureusement le patriarcat a prit le pas sur la l'islam.


Wadud travaille avec Musawah, une organisation qui fait campagne pour l'égalité entre les sexes, et a contribué sur un chapitre de son nouveau livre, Men in Charge? Repenser l'autorité dans la tradition juridique musulmane, qui se concentre sur un seul verset dans du Coran (4:34) que les auteurs ont appelé «l'ADN du patriarcat». C'est ce verset que les savants ont utilisé pour insister sur le fait que Dieu a donné aux hommes l'autorité sur les femmes, conduisant à des lois sauvagement discriminatoires dont l'infâme système de tutelle de l'Arabie Saoudite (qui empêche les femmes d'avoir des procédures médicales, prendre un emploi ou obtenir une éducation sans la permission d'un tuteur mâle) n'est qu'un exemple.

Bien qu'une grande partie du Coran parle de justice et d'égalité spirituelle, la proéminence donnée à l'interprétation de ce verset a conduit à des lois discriminatoires et, comme le souligne Wadud, une charia "complètement patriarcale". Au Royaume-Uni, ils ont le pouvoir de dissoudre les mariages et sont discriminants à l'égard des femmes.

"Je suis d'optimisme pour l'évolution des droits des femmes", a-t-elle déclaré, soulignant que même dans des pays comme l'Arabie saoudite, les femmes ont réussi à faire campagne pour pouvoir se présenter à certains postes, voter à certaines élections et Augmenter le nombre d'emplois qu'elles peuvent faire. «Il n'y a pas de place sur la planète terre où les femmes ne sont pas en mouvement pour plus de justice», dit-elle fermement.

Même la montée effrayante d'Isis ne la décourage pas. «La pire manifestation de l'islam à notre époque est l'état dite islamique, dit-elle, mais peut-être notre salut. C'est un puissant rappel: ce n'est pas parce que les gens disent qu'ils font quelque chose au nom de l'islam que cela signifie qu'il faut être d'accord avec eux. Et dès que vous avez la liberté de ne pas accepter une interprétation de l'islam, alors la question de l'interprétation se pose, il ne faut pas oublier la façon dont l'islam a toujours été filtré par l'interprétation des personnes qui ont le pouvoir.

Men in charge? Repenser l'autorité dans la tradition juridique musulmane, édité chez Oneworld.

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